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Sarkozy: qui c’est le patron?

9 Septembre 2016, 05:02am

Publié par Antonella LA FRANCE POUR LA VIE NS 2017

Sarkozy: qui c’est le patron?

Sarkozy: qui c’est le patron?

Les journalistes ne s’expliquent pas la fidélité d’une partie de l’électorat à Nicolas Sarkozy...

Ce que nous attendons de nos grands fauves.

Copieusement relayé, il y a une dizaine de jours, par des médias gourmands, l’argument judiciaire brandi par François Fillon contre Nicolas Sarkozy devait faire mouche. Finalement, l’attaque a fait un flop. La candidature Fillon semble même plutôt pâtir de cette étrange saillie prononcée contre Nicolas Sarkozy lors de la réunion de rentrée à Sablé-sur-Sarthe de l’ancien Premier ministre. Et les nouveaux rebondissements de l’affaire Bygmalion n’y changent rien : la candidature de l’ancien président tient bon.

Les journalistes ne s’expliquent pas cette fidélité d’une partie de l’électorat à Nicolas Sarkozy – quand ils daignent relater le fait, avec cette réticence désormais coutumière de qui se voit démenti par le réel et les « vrais gens ». Quelques commentateurs, encore rares, oseront rappeler que l’ancien président n’a pas tant démérité quand il était au pouvoir, de 2007 à 2012, et qu’à ce titre il n’a pas laissé que de mauvais souvenirs. Un cap avait été donné – qui allait tant manquer lors du quinquennat suivant. D’autres mettront en avant le franc-parler du candidat qui, sur quelques questions essentielles, s’exprime sans détour et comme les électeurs, que ce soit sur le fond ou sur la forme. Ce sont là des explications rationnelles qui ne viennent pas tout à fait à bout du mystère Sarkozy.

Pourquoi donc, pour beaucoup, obscurs pères et mères de famille, l’ancien président demeure-t-il « le patron » ?

Sans doute, parce qu’il l’est.

Et cela ne s’explique pas tout à fait, du moins avec tout ce que l’on peut apprendre à Sciences-Po ou dans quelque école de journalisme. Des grands fauves qui nous gouvernent, nous attendons le rugissement face à ce qui nous menace, le coup de patte mesuré sur la nuque du lionceau imprudent, et la chaleur du pelage. Vérité archaïque qui n’exclut pas – en seconde instance, si j’ose dire – d’autres vérités plus élaborées et construites, argumentées et réfléchies.

De ce point de vue, les auteurs de fictions sont souvent mieux armés pour appréhender la complexité des rapports humains qui, tissés et retissés, font société. Ils n’hésitent pas à puiser dans leur propre imaginaire pour décrire le réel, quand le journaliste cherchera à se conformer – à ce qu’il croit être moral, avéré, probable. L’auteur sait, au contraire, que c’est en plongeant dans sa propre nuit qu’il verra le plus clair.

On peut ainsi, pour appréhender les relations tumultueuses que la morale moralisante entretient avec la bonne étoile politique, repenser à la série diffusée par Canal+, l’an dernier, Baron noir, et au-delà du scénario, la géniale intuition du casting opposant le froid et inquiétant Niels Arestrup (dont on ne soulignera jamais assez la force à l’écran) au bouillonnant, direct et chaleureux Kad Merad ; ce dernier incarnant le personnage de Philippe Rickwaert, député-maire de Dunkerque et authentique « patron » de la ville, tenant son fief d’une manière toute latine à travers un réseau d’affidés, sa « clientèle ». À la fin, Arestrup et Merad chuteront l’un et l’autre, mais le premier sera seul, tandis que le second gardera l’affection de ceux qui l’ont servi et côtoyé.

Au regard des canons de la morale, Philippe Rickwaert – Kad Merad n’est pas tout à fait fréquentable. L’élu triche, l’homme ment. Il manipule sans vergogne l’un, domine allègrement l’autre. Il décide seul. Il embarque ses alliés dans des aventures improbables et parfois au dessus de leurs forces (l’un de ses protégés se suicide, un autre fait une grave dépression et doit être hospitalisé en urgence). Rickwaert combat ses adversaires, brise ses rivaux avec des méthodes qui ne sont pas toujours celles du débat d’idées. En outre, l’élu s’exprime comme un légionnaire en permission et multiplie les métaphores viriles… quand il n’entreprend pas de posséder physiquement l’une de ses collaboratrices dans un bureau, un jour d’élection, parce que ça porte bonheur –horresco referens.

S’il n’avait été un personnage de fiction (on a beaucoup dit que les scénaristes se seraient inspirés de Julien Dray, mais on peut aussi penser à d’autres élus, tel Jacques Mellick, ancien maire de Béthune), Philippe Rickwaert représenterait pour la presse le repoussoir absolu, un monstre politique venu, comme disent nos amis musulmans,des temps de l’ignorance, quand nous n’avions pas été gagnés (vaincus?) par l’Europe, le politiquement correct, la moralisation de la vie publique et toutes ces bonnes choses qui, au Gaulois, ont – au moins – coupé la moustache.

Contrairement à la presse des grands groupes qui peut vivre sans lecteurs, entre subventions publiques et capital privé, sur une sorte de rente d’influence (supposée, voire sur-évaluée), le monde de la fiction, du cinéma a pour objectif de rassembler des spectateurs, de leur parler, de les fidéliser. C’est en ce sens que cet univers est souvent plus en phase avec les sentiments réels des gens qu’un éditorial vertueux. Ainsi, le personnage de Rickwaert est diablement sympathique. Avec par Kad Merad pour interprète, il a cette figure du bon bougre, farouchement français, paternel et charismatique, le genre d’homme qui déploie autour des siens une grande aile protectrice. Il est la figure latine du « patron » dont la famille n’est pas que celle du sang mais s’étend aux alliés, aux fidèles, aux inconditionnels – à ceux qui savent l’aimer.

Loin d’être un pervers – comme sa tendance à la manipulation pourrait le faire croire – Rickwaert est traversé non seulement par sa fidélité aux siens, à sa ville, au monde ouvrier, mais par une exigence éthique qui se révèle lors d’un épisode où sa fille a mis en danger la vie de l’un de ses camarades à la suite d’une sorte de bizutage. Ce qui révulse alors Rickwaert, l’élu, le père, c’est que ce camarade ait pu être méprisé, minoré par le groupe. Pour le Baron noir, on peut bien, campagne électorale oblige, confondre la caisse d’un organisme public avec celle d’un parti politique. On peut bien ne pas être tout à fait clair et transparent sur le financement d’une campagne électorale. Ce que l’on ne peut pas, c’est mépriser plus faible que soi. Le magouilleur, au moins dans la série, n’est guère qu’un vertueux un peu trop pressé de vaincre.

Que des scénaristes aient jugé que le héros de la série ne pouvait être un authentique « pourri » et qu’en dépit de tous ses accommodements avec la loi, il ne saurait être sans éthique montre à quel point le public, loin de l’opinion des salles de rédaction, fait le distinguo entre morale et moralisme, vertu profonde et sincérité comptable. Ce ne sont pas les mises en examen qui tranchent le débat public, mais l’élection, c’est-à-dire la voix du peuple.

http://blog.causeur.fr/prevot/2016/09/08/qui-cest-le-patron/#ligne

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